Vos livrets sont pleins : ce que votre argent qui dort vous coûte vraiment sur 10 ans

Mis à jour le 18 août 2026 · Par Nikita Fedorov, conseiller en gestion de patrimoine

Vos livrets sont pleins. Vous n'y touchez plus depuis deux ou trois ans, vous regardez le solde de temps en temps, et vous vous dites que vous avez bien fait. Vous avez été prudent, vous avez mis de côté, l'argent est disponible et il ne peut pas baisser.

Vous avez bien fait. C'est même exactement ce qu'il fallait faire, et cet article ne va pas vous expliquer le contraire. Il va vous montrer autre chose : à partir de quel moment cette prudence, qui vous a protégé, commence à vous coûter. Et combien, précisément.

Fin mai 2026, les Français avaient 609,5 milliards d'euros posés sur leurs livrets réglementés, selon la Caisse des Dépôts. Une partie de cette somme fait exactement ce qu'elle doit faire. Une autre partie attend, sans mission, depuis des années. Cet argent qui dort est le sujet de cet article.

L'essentiel en 30 secondes

  • Les livrets réglementés servent 1,70 % depuis le 1er août 2026, face à une inflation de 2,1 % sur un an. Le rendement réel est légèrement négatif.
  • Sur 10 ans à taux constants, cela représente environ 3,85 % de pouvoir d'achat perdu. Pour un couple avec quatre livrets au plafond, l'écart approche 2 700 euros.
  • Ce n'est pas le vrai problème. L'argent laissé sur un compte courant à 0 % perd 18,77 % de pouvoir d'achat sur la même durée, soit près de cinq fois plus.
  • Sur 40 ans, le Livret A a servi 3,5 % par an contre 2,0 % d'inflation (étude IEIF, 1983-2023). Le livret n'est pas un mauvais produit, il n'est simplement pas conçu pour construire.
  • La bonne question n'est pas « où placer », elle est « pour quand ». Tant que l'horizon n'est pas posé, aucun support ne peut être le bon.

Combien rapporte réellement un livret réglementé en 2026 ?

Depuis le 1er août 2026, le Livret A et le livret de développement durable et solidaire servent 1,70 %, en hausse de 0,2 point, et le livret d'épargne populaire reste à 2,50 %. Ces taux sont fixés par le ministère de l'Économie, qui les a annoncés dans son communiqué du 15 juillet 2026.

Sur la même période, l'INSEE estime la hausse des prix à la consommation à 2,1 % sur un an en juillet 2026. L'écart est donc de 0,4 point, en défaveur de l'épargnant.

Un point important en faveur des livrets, souvent oublié dans les comparaisons : selon Service-public.gouv.fr, mis à jour le 1er août 2026, « les intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ». Les 1,70 % sont donc nets, ce qui n'est le cas d'aucun autre support financier courant. Comparer 1,70 % net à un rendement brut est une erreur fréquente.

Le rendement réel, c'est-à-dire ce qui reste une fois l'inflation absorbée, se calcule ainsi : (1 + taux) divisé par (1 + inflation), moins 1.

Support Taux affiché Fiscalité Rendement réel par an Effet sur 10 ans
Livrets réglementés 1,70 % Exonérés -0,39 % -3,85 % de pouvoir d'achat
Fonds en euros, avant prélèvements sociaux 2,63 % Non +0,52 % +5,31 %
Fonds en euros, après 17,2 % de prélèvements sociaux 2,18 % Nette +0,08 % +0,76 %
Compte courant 0,00 % Sans objet -2,06 % -18,77 % de pouvoir d'achat

Calculs réalisés à taux constants, sur la base d'un taux de 1,70 % et d'une inflation de 2,1 %, hors versement complémentaire. Les deux paramètres varient dans le temps : il s'agit d'une projection, pas d'une prévision.

Vos livrets sont-ils vraiment le problème ?

Non, et c'est le point que presque personne ne dit. Le livret réglementé n'a jamais eu pour mission de faire fructifier votre patrimoine. Il a été conçu pour absorber l'inflation, et il le fait plutôt bien.

Le ministère de l'Économie l'écrit noir sur blanc dans son communiqué du 15 juillet 2026. Le taux du Livret A « tient compte de l'inflation (hors tabac) sur les douze derniers mois et de la moyenne des taux interbancaires dans la zone euro ». Et le ministère conclut : il « constitue ainsi un amortisseur à l'inflation ».

Amortisseur. Le mot est officiel, et il dit exactement ce qu'il faut comprendre. Un amortisseur encaisse les chocs. Il n'a jamais fait avancer une voiture.

Les données longues le confirment. Selon l'étude « 40 ans de performances comparées » publiée par l'IEIF, sur la période 1983-2023, le Livret A a servi 3,5 % par an en moyenne, contre 2,0 % d'inflation annuelle. Sur quarante ans, il a donc protégé le pouvoir d'achat de ceux qui l'ont utilisé.

Classe d'actifs Rendement annualisé sur 40 ans
Actions12,4 %
Logement à Paris10,4 %
Foncières cotées9,2 %
Immobilier collectif (SCPI)7,9 %
Logement en France5,2 %
Livret A3,5 %
Inflation2,0 %
Obligations et monétaire0,3 %

Source : IEIF, « 40 ans de performances comparées », édition 2024, période 1983-2023. Ces chiffres sont des constats historiques et non des rendements attendus. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Regardez la ligne du Livret A, puis celle de l'immobilier collectif. L'écart est de 4,4 points par an. Sur quarante ans, ce n'est pas un écart de rendement, c'est un écart de patrimoine. Et il ne vient pas d'un mauvais produit : il vient d'un produit employé pour une mission qui n'est pas la sienne.

Combien coûte l'argent qui dort, sur 10 ans ?

Sur dix ans, à 1,70 % face à 2,1 % d'inflation, l'argent qui dort sur des livrets perd environ 3,85 % de son pouvoir d'achat. Le capital n'a pas baissé, il a même augmenté en euros. Mais ce qu'il permet d'acheter a diminué.

Situation Capital aujourd'hui Pouvoir d'achat dans 10 ans Écart
Un livret au plafond 22 950 € 22 067 € -883 €
Deux livrets au plafond 34 950 € 33 605 € -1 345 €
Un couple, quatre livrets au plafond 69 900 € 67 209 € -2 691 €

Soyons honnêtes sur l'ordre de grandeur : 2 691 euros sur dix ans, ce n'est pas un désastre. C'est même précisément ce qu'un amortisseur est censé produire, une érosion lente et contenue. Si votre épargne de précaution est là, elle est à sa place et vous n'avez rien à changer.

Le problème n'apparaît que si la totalité de votre épargne disponible se trouve dans cette colonne. Parce qu'alors, ce que vous avez perdu n'est pas 2 691 euros. C'est dix ans.

Et l'argent qui dort sur le compte courant ?

Là, le calcul change de nature. Un compte courant ne rémunère rien. À 0 % face à 2,1 % d'inflation, le rendement réel est de -2,06 % par an, soit -18,77 % de pouvoir d'achat sur dix ans. Près de cinq fois la perte constatée sur les livrets.

C'est le vrai angle mort de l'argent qui dort. Presque tous les foyers que nous rencontrons laissent sur leur compte courant une réserve « au cas où », très supérieure à ce dont ils ont besoin, simplement parce qu'aucune décision n'a jamais été prise à son sujet. Cette réserve n'est pas prudente, elle est oubliée.

Un ordre de grandeur utile : une épargne de précaution correspond généralement à trois à six mois de charges courantes. Au-delà, chaque euro immobilisé sans horizon coûte 2 % de pouvoir d'achat par an, sans contrepartie d'aucune sorte.

Existe-t-il un placement sûr qui protège vraiment du temps ?

C'est la question qui vient toujours à ce stade, et la réponse est non. Il n'existe pas de support à capital garanti qui construise du patrimoine. Les chiffres le montrent sans ambiguïté.

Selon l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, le taux moyen servi sur les fonds en euros s'est établi à 2,63 % en 2025. C'est mieux que les livrets. Mais ces intérêts subissent 17,2 % de prélèvements sociaux, ce qui ramène le rendement à 2,18 %, soit 0,08 % réel une fois l'inflation absorbée. Le capital est préservé, rien de plus.

Précision nécessaire : l'ACPR indique que ce taux moyen intègre des bonifications, et que « le taux de revalorisation pour un assuré ne bénéficiant d'aucune de ces bonifications est donc inférieur à ce taux moyen ». Le rendement réel de bien des contrats est donc encore plus faible.

La conclusion n'est pas confortable, mais elle est simple. La sécurité totale a un prix, et ce prix est la stagnation. Chercher un produit qui offrirait les deux revient à chercher quelque chose qui n'existe pas. La sortie n'est pas dans le choix d'un support, elle est dans la répartition.

Comment répartir son épargne selon l'horizon plutôt que selon le produit ?

En posant une seule question avant toutes les autres : cet argent, c'est pour quand ? Un même capital n'a pas la même place selon qu'il servira dans six mois, dans quatre ans ou dans quinze. C'est l'horizon qui détermine le support, jamais l'inverse.

Horizon Rôle de cet argent Ce qui convient Ce qui ne convient pas
Moins de 12 mois Absorber les imprévus, dormir tranquille Livrets réglementés, à hauteur de 3 à 6 mois de charges Tout support dont la valeur peut baisser
2 à 5 ans Financer un projet identifié et daté Supports à capital garanti ou à faible volatilité Actifs peu liquides, immobilier direct
8 ans et plus Construire, préparer la retraite, transmettre Enveloppes de long terme et diversification réelle Le livret comme support principal

Cette grille ne dit pas quoi acheter. Elle dit dans quel ordre penser. Chez nous, cet ordre ne change jamais : protéger d'abord ce qui est construit, structurer ensuite, optimiser, et développer seulement quand le reste tient debout. Le livret occupe la première case, et il l'occupe très bien. Il n'a rien à faire dans la dernière.

Ce que nous voyons au cabinet

Les personnes qui arrivent avec des livrets pleins ne sont pas imprudentes. Elles sont prudentes. Elles ont fait exactement ce qu'on leur a appris à faire : mettre de côté, ne pas prendre de risque, garder disponible.

Le point aveugle n'est jamais le produit. Il est dans la question que personne ne leur a posée : cet argent, c'est pour quand ? Tant qu'elle reste sans réponse, aucun placement ne peut être le bon, et le livret devient le refuge par défaut. Non pas parce qu'il a été choisi, mais parce que rien d'autre n'a été décidé.

La prudence sans horizon est ce qui coûte le plus cher.

« Un livret ne vous fait pas perdre d'argent. Il vous fait perdre du temps. Et le temps est la seule chose qu'on ne peut pas rattraper plus tard. »
Nikita Fedorov

Quelles erreurs voyons-nous le plus souvent ?

Elles reviennent avec une régularité frappante, et aucune ne relève de l'imprudence. Ce sont des réflexes de prudence appliqués au mauvais endroit.

  • Attendre le bon moment pour bouger. Le bon moment ne se présente jamais, parce qu'il n'existe pas de signal. Pendant l'attente, le compteur tourne dans le mauvais sens.
  • Confondre disponibilité et sécurité. De l'argent qui dort et reste disponible à tout moment n'est pas un capital protégé. Il est protégé de la baisse, pas du temps.
  • Garder une réserve de précaution démesurée. Trois à six mois de charges suffisent dans la plupart des situations. Au-delà, la réserve n'est plus de la précaution, elle est de l'indécision.
  • Chercher un produit avant d'avoir posé un horizon. C'est l'erreur qui produit toutes les autres, et c'est aussi celle que la publicité financière encourage le plus.
  • Tout déplacer d'un coup, une fois la prise de conscience faite. Le mouvement inverse est aussi dangereux que l'immobilisme. Une répartition se construit par étapes, en commençant par sécuriser ce qui doit l'être.

Questions fréquentes

Quel est le taux du Livret A en 2026 ?

Le taux du Livret A est de 1,70 % depuis le 1er août 2026, en hausse de 0,2 point par rapport au taux précédent. Le livret de développement durable et solidaire est rémunéré au même taux, et le livret d'épargne populaire reste à 2,50 %. Ces taux sont fixés par le ministère de l'Économie, qui les a annoncés le 15 juillet 2026. Le taux du Livret A est révisé deux fois par an, au 1er février et au 1er août, selon une formule qui tient compte de l'inflation hors tabac des douze derniers mois et de la moyenne des taux interbancaires de la zone euro. Les intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, ce qui fait de ce 1,70 % un rendement net, comparable seulement à d'autres rendements nets.

Le Livret A rapporte-t-il plus que l'inflation ?

Pas actuellement. Avec un taux de 1,70 % face à une inflation estimée à 2,1 % sur un an en juillet 2026 par l'INSEE, le rendement réel est de -0,39 % par an. Sur dix ans à ces niveaux, la perte de pouvoir d'achat approche 3,85 %. Sur longue période en revanche, le constat s'inverse : selon l'étude de l'IEIF portant sur 1983-2023, le Livret A a servi 3,5 % par an en moyenne contre 2,0 % d'inflation annuelle. La formule de calcul du taux étant indexée sur l'inflation, le livret joue son rôle d'amortisseur dans la durée, avec des périodes de décrochage temporaire comme celle que nous connaissons.

Que faire quand son livret est plein ?

La première chose à faire n'est pas de chercher un autre produit, c'est de trier. Séparez ce capital en trois parts selon l'échéance à laquelle vous en aurez besoin : moins de douze mois, deux à cinq ans, huit ans et plus. La première part reste exactement où elle est, elle constitue votre épargne de précaution et les livrets réglementés sont l'outil adapté. La deuxième appelle des supports à faible volatilité, adossés à un projet daté. La troisième est celle qui peut réellement travailler, et c'est aussi celle qui souffre le plus de rester sur un livret. Tant que ce tri n'est pas fait, aucune recommandation de placement n'a de sens.

Combien faut-il garder d'épargne de précaution ?

L'ordre de grandeur généralement retenu est de trois à six mois de charges courantes, et non de revenus. Un foyer dont les dépenses mensuelles s'élèvent à 3 000 euros se situera donc entre 9 000 et 18 000 euros. Le curseur dépend de la stabilité de vos revenus, de la présence d'un second salaire dans le foyer, et de l'existence de charges imprévisibles comme un bien immobilier ancien. Un salarié en contrat stable dans un couple à deux revenus peut viser le bas de la fourchette. Un dirigeant dont les revenus fluctuent a intérêt à viser le haut, voire au-delà. L'essentiel est que ce montant soit choisi, et non subi par défaut.

L'argent qui dort sur un compte courant perd-il de la valeur ?

Oui, et beaucoup plus vite que sur un livret. Un compte courant ne verse aucun intérêt. Face à une inflation de 2,1 %, le rendement réel est de -2,06 % par an, ce qui représente une perte de pouvoir d'achat de 18,77 % sur dix ans, soit près de cinq fois celle constatée sur les livrets réglementés. C'est de loin le poste le plus coûteux, et c'est aussi le plus fréquent, parce que cette réserve n'a généralement fait l'objet d'aucune décision. Vérifier le solde moyen de son compte courant sur les douze derniers mois et le comparer à trois mois de charges est l'un des exercices les plus rentables que l'on puisse faire en dix minutes.

Le fonds en euros est-il une bonne alternative aux livrets ?

C'est une amélioration, pas une solution. Le taux moyen servi en 2025 s'est établi à 2,63 % selon l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Après application des 17,2 % de prélèvements sociaux, il revient à 2,18 %, soit un rendement réel de 0,08 % face à l'inflation actuelle. Le capital est préservé, il ne se construit rien. L'ACPR précise en outre que ce taux moyen intègre des bonifications, et qu'un assuré qui n'en bénéficie pas obtient un taux inférieur. Le fonds en euros a donc sa place pour un projet à deux ou cinq ans, quand la garantie du capital prime. Il ne remplace pas une stratégie de long terme.

À partir de quel montant d'épargne dormante faut-il se faire accompagner ?

La question du montant est moins déterminante que celle de la complexité. Un capital de 30 000 euros avec un horizon clair ne demande pas d'accompagnement particulier. En revanche, dès lors que plusieurs objectifs coexistent, par exemple préparer la retraite, aider un enfant et organiser une transmission, la difficulté ne vient plus du choix des supports mais de leur articulation. C'est généralement à partir de 100 000 euros d'épargne disponible, ou dès qu'un patrimoine immobilier et financier se combine, qu'un regard extérieur devient utile. Le vrai déclencheur reste le sentiment de ne plus savoir par quel bout prendre l'ensemble.

Pour aller plus loin

Si vos livrets sont pleins depuis trois ans, vous n'avez pas commis d'erreur. Vous avez simplement laissé une question sans réponse, et le livret a répondu à votre place. L'argent qui dort n'est jamais le signe d'une mauvaise décision, seulement d'une décision jamais prise. La bonne nouvelle, c'est que cette question ne demande ni expertise ni décision immédiate. Elle demande seulement d'être posée : cet argent, c'est pour quand ?

Nikita Fedorov

Fondateur de Meridian Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine installé à Ars-Laquenexy, aux portes de Metz. Conseiller en investissements financiers, membre de La Compagnie des CGP, association agréée par l'Autorité des marchés financiers. Courtier en assurance, membre de CNCEF Assurance, sous le contrôle de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Immatriculation ORIAS n° 24006419, vérifiable sur orias.fr.

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Sources

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