Private equity : investir dans des entreprises non cotées

Le private equity, c'est financer des sociétés qui ne sont pas en bourse, en acceptant d'immobiliser son argent huit à dix ans. C'est une classe d'actifs à part entière, avec un risque de perte réel, qui se dose et ne se subit pas.

L'essentiel en 30 secondes

  • Le private equity finance des entreprises non cotées : création, croissance, transmission ou redressement. Vous devenez associé d'un portefeuille de sociétés, pas détenteur d'un titre échangeable.
  • L'argent est bloqué, c'est la contrepartie. Comptez huit à dix ans, parfois plus, sans possibilité de sortir. Cette illiquidité est la raison d'être du rendement espéré, elle n'est pas un défaut du produit.
  • Le risque de perte en capital est réel, y compris total sur une ligne. On s'en protège par le nombre de sociétés détenues et par l'étalement sur plusieurs années de lancement.
  • L'accès s'est démocratisé. Depuis le 24 octobre 2024, la loi Industrie Verte impose même une part minimale de non coté dans certains profils de gestion pilotée : 4 % en profil équilibré, 8 % en profil dynamique.
Le vrai sujet

Trois façons d'investir en private equity

Le choix ne porte pas seulement sur le fonds, mais sur la manière de le détenir. Elle change le ticket d'entrée, la fiscalité et le niveau de contrainte.

Les trois voies d'accès, et ce qu'elles impliquent
VoieFiscalitéTicket et contraintes
Fonds détenu en directPrélèvement forfaitaire unique, ou exonération d'impôt sur le revenu après 5 ans sur certains fonds fiscauxSouvent 100 000 € et plus, appels de fonds échelonnés
Dans une assurance-vieFiscalité du contrat, rien à déclarer tant qu'on ne retire pasQuelques milliers d'euros, versement en une fois
Dans un plan d'épargne retraiteVersements déductibles, imposition à la sortieBlocage jusqu'à la retraite, ce qui colle à l'horizon du non coté

Les fonds dits fiscaux, comme les fonds communs de placement à risques, peuvent exonérer d'impôt sur le revenu les gains après cinq ans de détention, les prélèvements sociaux restant dus. L'Autorité des marchés financiers détaille le fonctionnement du non coté.

La courbe en J, et pourquoi les premières années inquiètent

Un fonds de private equity commence par perdre de la valeur, et c'est normal. Les frais sont prélevés dès le départ, alors que les sociétés achetées mettent des années à se développer et à être revendues. La valorisation baisse d'abord, se stabilise, puis remonte quand les cessions arrivent : c'est ce profil que les professionnels appellent la courbe en J. Un investisseur qui n'a pas été prévenu s'inquiète au bout de deux ans et conclut que le produit ne fonctionne pas, alors qu'il se comporte exactement comme prévu.

Les appels de fonds, un point pratique souvent négligé

Sur un fonds détenu en direct, vous ne versez pas la totalité au départ : vous vous engagez sur un montant, et le gestionnaire vous appelle des fractions au fil des investissements, sur trois à cinq ans. Il faut donc garder cette somme disponible, sans savoir précisément quand elle sera demandée. Ne pas répondre à un appel de fonds expose à des pénalités qui peuvent aller jusqu'à la perte d'une partie des droits. C'est une contrainte de trésorerie réelle, et c'est l'une des raisons pour lesquelles la détention dans une assurance-vie, où l'on verse en une fois, convient mieux à beaucoup de situations.

Quelle part y consacrer

Il n'existe pas de règle universelle, mais une logique simple : le private equity se place sur la fraction du patrimoine dont vous êtes certain de ne pas avoir besoin pendant dix ans. Il vient après la réserve de sécurité, après la protection de la famille, après les projets identifiés. Dans les dossiers que nous suivons, il représente rarement plus de 5 à 10 % du patrimoine financier, réparti sur plusieurs fonds et plusieurs années de lancement. Concentrer sur un seul millésime revient à parier sur un cycle économique précis, ce qui n'a aucun intérêt.

Ce qu'on regarde avant de retenir un fonds

L'équipe de gestion et son ancienneté, car le non coté est un métier de réseau et d'expérience. La stratégie : capital-risque, capital-développement, transmission ou retournement n'ont ni le même risque ni le même horizon. Le nombre de lignes prévues, qui détermine la dispersion du risque. Les frais, souvent élevés et empilés entre le fonds, le fonds de fonds éventuel et le contrat. Et les modalités de liquidité annoncées, en gardant à l'esprit qu'une liquidité présentée comme possible n'est jamais une liquidité garantie.

Ce que nous voyons en rendez-vous

Quatre erreurs classiques

Sous-estimer la durée du blocage

Huit à dix ans, ce n'est pas une estimation prudente : c'est la durée normale, et elle est régulièrement prolongée. Cet argent doit être considéré comme indisponible, pas comme difficilement disponible.

Ne regarder que la performance passée du gérant

Les millésimes ne se ressemblent pas, et les équipes changent. Un historique flatteur dit surtout que les cycles précédents ont été favorables.

Investir sur un seul fonds

C'est concentrer le risque sur une équipe, une stratégie et une année d'entrée. Deux ou trois fonds, lancés à des moments différents, coûtent à peine plus et changent le profil de risque.

Y aller pour l'avantage fiscal

Certains fonds ouvrent droit à une réduction ou à une exonération. Cela ne compense jamais un mauvais fonds : on choisit d'abord la qualité de la gestion, l'avantage fiscal vient après.

Notre rôle

Ce que nous faisons, concrètement

Nous fixons la part avant le produit

Quelle fraction de votre patrimoine peut vraiment rester bloquée dix ans. Tant que ce chiffre n'est pas posé, parler de fonds n'a pas de sens.

Nous répartissons sur plusieurs millésimes

Plusieurs fonds, plusieurs stratégies, plusieurs années d'entrée. C'est ce qui distingue un investissement construit d'un pari sur un cycle.

Nous démontons l'empilement de frais

Frais du fonds, frais du fonds de fonds, frais du contrat, commission de surperformance : nous les additionnons et nous vous donnons un seul chiffre, avant de souscrire.

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Questions fréquentes

Private equity, vos questions

Le private equity est-il réservé aux investisseurs fortunés ?
Ce n'est plus le cas. Les fonds détenus en direct demandent souvent 100 000 € et plus, mais l'accès par une assurance-vie ou un plan d'épargne retraite se fait à partir de quelques milliers d'euros. La question n'est donc plus le montant minimum, mais la capacité à immobiliser cette somme pendant dix ans sans que cela pose le moindre problème.
Peut-on récupérer son argent avant l'échéance ?
En principe non, et il faut partir de ce principe. Certains fonds récents proposent des fenêtres de liquidité, et un marché secondaire existe, mais dans les deux cas la sortie se fait souvent avec une décote et n'est jamais garantie. Un placement dont vous pourriez avoir besoin ne doit pas y aller.
Quelle est la fiscalité du private equity ?
Elle dépend entièrement de la façon de détenir. En direct, les gains relèvent du prélèvement forfaitaire unique, sauf pour les fonds fiscaux qui exonèrent d'impôt sur le revenu après cinq ans, les prélèvements sociaux restant dus. Dans une assurance-vie, c'est la fiscalité du contrat qui s'applique, et rien n'est imposé tant que vous ne retirez pas.
Peut-on perdre la totalité de sa mise ?
Sur une société prise isolément, oui : une entreprise non cotée peut disparaître. C'est précisément pour cela qu'on investit via un fonds qui détient plusieurs dizaines de lignes, et qu'on répartit sur plusieurs fonds. Le risque de perte totale à l'échelle d'un portefeuille diversifié est faible, mais le risque de perte partielle reste réel et doit être accepté à l'entrée.
Qu'est-ce que la loi Industrie Verte a changé ?
Depuis le 24 octobre 2024, les contrats d'assurance-vie et les plans d'épargne retraite souscrits en gestion pilotée doivent intégrer une part minimale d'actifs non cotés : 4 % pour un profil équilibré, 8 % pour un profil dynamique. La gestion libre et le profil prudent ne sont pas concernés. Beaucoup d'épargnants détiennent donc du non coté sans le savoir.
Faut-il en avoir dans son patrimoine ?
Ce n'est indispensable pour personne. C'est utile pour quelqu'un qui dispose déjà d'une épargne disponible suffisante, dont la famille est protégée, et qui cherche à diversifier au-delà des marchés cotés sur un horizon long. En dehors de ce cadre, l'illiquidité devient une contrainte sans contrepartie.

Vous cherchez plutôt du rendement à court terme ? Voir le crowdfunding immobilier.

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